Petite actualité chestertonienne en passant…

Notre évocation de G.K. Chesterton ne concerne pas uniquement l’Histoire. L’actualité récente vient d’évoquer, dans des domaines parfois très variés, le grand auteur d’Orthodoxie. Citons pour commencer les réponses de la romancière britannique Anne Perry – « une des reines du polar historique » à l’enquête de Marie Rogation, parue dans le Figaro Magazine du 28 septembre dernier :

– A qui aimeriez-vous écrire ?

G.K. Chesterton.

– Votre héros dans la vie réelle ?

G.K. Chesterton : un écrivain impressionnant, un poète, un penseur qui aimait la vie, ne désespérait jamais et qui croyait en Dieu.

En peu de mots tout est dit. Pourtant, plus loin dans l’entretien, au détour d’une question, Chesterton revient dans la discussion :

– Votre livre de chevet ?

La Ballade du cheval blanc, de G.K. Chesterton.

Peu de lecteurs français sauront à quel texte se réfère ici la romancière (pas les lecteurs de ce blogue, voir ici). On notera que cette professionnel du roman policier cite Chesterton mais pas une seule fois son Father Brown…

Du roman policier passons à la politique. C’est Jean-François Copé, candidat à la présidence de l’Ump, qui évoque Chesterton dans son récent livre, Manifeste pour une droite décomplexée (Fayard) :

Je ne suis pas partisan de « faire du passé table rase ». Je suis cependant d’accord avec l’écrivain anglais Chesterton quand il explique pourquoi il ne se reconnaît pas plus dans le progressisme béat que dans le conservatisme : « le conservatisme est entièrement basé sur l’idée qu’en laissant les choses tranquilles, on les laisse comme elles sont. Il n’en est rien. Si vous laissez une chose tranquille, vous l’abandonnez au tourbillon du changement. Si vous laissez un poteau blanc sans y toucher, il ne tardera pas à être un poteau noir. Si vous désirez qu’il soit blanc, il faudra que vous le repeigniez fréquemment ; autrement dit, l’état de révolution doit être permanent. En résumé, si vous voulez un vieux poteau blanc, il vous faut avoir un nouveau poteau blanc. Ce qui est vrai des êtres inanimés l’est de manière très particulière et terrible de toutes les choses humaines. » (page 173).

Question pour les lecteurs : de quel livre vient cette citation ? Et dans quelle traduction ?

Enfin, retour à la littérature. En avril dernier, Simon Leys, sinologue de réputation mondiale, publiait Le Studio de l’inutilité (Flammarion), livre dans lequel il consacrait un chapitre à Chesterton (voir ici). On republie aujourd’hui dans la collection de poche de Gallimard, Folio essais, son livre Protée et autres essais, paru une première fois en 2001. Dès les premières lignes du premier chapitre, le nom de Chesterton apparaît :

Il y a quelques années, comme je bouquinais dans une librairie, je tombai sur un roman de Chesterton dont je connaissais le titre, mais que je n’avais jamais eu entre les mains, Le Napoléon de Notting Hill. Poussé par la curiosité, je l’ouvris à la première page et lus le commencement de la première phrase du chapitre I : « L’espèce humaine à laquelle appartiennent tant de mes lecteurs… »

J’achetai aussitôt le livre et m’empressait de quitter la boutique : le spectacle d’un vieux monsieur qui s’esclaffe tout seul dans un lieu public a toujours quelque chose d’un peu déconcertant, et je ne tenais pas à déranger les autres clients.

Je ne puis pas dire que le reste du livre ait vraiment réussi à tenir la promesse de ce glorieux début (mais quel roman pourrait se maintenir sur deux cents pages au diapason d’une telle attaque ?). Néanmoins, Le Napoléon de Notting Hill demeure une invention délicieuse, et contient bon nombre de perles de sagesse (« Tout comme un méchant homme est malgré tout un homme, un méchant poète est malgré tout un poète ») ; il présente aussi d’éclairantes observations sur la nature essentiellement démocratique du système monarchique (en fait, le plus démocratique de tous les systèmes, à condition que, chaque année, on tire au sort un nouveau roi) – notion que tous les républicains pourraient méditer avec profit. (pp.11-12).

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