1926 : L’Église catholique et la conversion (2)

Un mot rapide sur la destinée française de The Catholic Chruch and The Conversion. Au troisième trimestre 1952, les éditions de la Bonne Presse (aujourd’hui Bayard Presse), éditeur catholique, publient une première traduction sous le titre L’Église catholique et la tradition. La traduction a été réalisée par Robert Aouad. Dans un format de poche, le livre comprend 100 pages. Il reprend exactement le texte de Chesterton, avec les six chapitres de l’édition originale. Comme pour l’édition américain, le livre en langue française bénéficie de l’imprimatur de l’archevêché de Paris :

Nihil Obstat Parisiis Die 28e Julii 1952. Y, Jointer A.A.

Imprimatur Parisiis Die 9e Auguti 1952 + Petrus Brot, Episc. Aux. Paris.

Autre particularité, cette première version française contient un avant-propos d’Hilaire Belloc, c’est-à-dire un texte écrit par un catholique de naissance sur le livre d’un converti. Nous essayerons de reproduire plus tard ce texte pour nos lecteurs.

La deuxième version française est plus tardive et nous en avons parlé à plusieurs reprises. Elle date de 2010. Elle a paru, toujours sous le même titre, dans une version de poche des éditions de L’Homme Nouveau, partie éditoriale de ce journal catholique, dans une collection dite « petite collection ». La traduction est signée Gérard Joulié, déjà traducteur aux mêmes éditions de deux livres de Chesterton et de plusieurs autres aux éditions de L’Age d’Homme.

L’ouvrage contient 180 pages et il ne reprend pas l’avant-propos d’Hilaire Belloc mais donne une « préface » de Philippe Maxence qui replace le livre dans son contexte historique par rapport à l’évolution spirituelle de Chesterton. En revanche, conformément à des éditions anglo-saxonnes, l’éditeur a ajouté en guise d’annexes deux essais de Chesterton en rapport avec le thème de l’Église et la conversion. Il s’agit de « Raisons pour lesquelles je suis devenu catholique » dont nous avons donné un extrait dans le billet précédent sur ce livre et « Sur cette pierre » qui est une réflexion sur la papauté. Cette édition est toujours disponible chez l’éditeur.

Terminons en donnant ici un extrait de la préface à cette deuxième version française :

Quand on lui demandait pourquoi il était devenu catholique, Gilbert Keith Chesterton répondait qu’il s’agissait au fond pour lui de se débarrasser de ses péchés. Dans son Autobiographie, il dressa ainsi l’éloge de la confession en indiquant que « quand un catholique revient de s’être confessé, il retourne vraiment, par définition, à cette aurore de son commencement ; il regarde le monde avec des yeux nouveaux ». Plus encore, il lui semblait que sa philosophie personnelle de la vie entrait vraiment en syntonie avec le sacrement de pénitence comme il le confia toujours dans le même livre : « L’idée maîtresse de ma vie, je ne dirais pas que c’est la doctrine que j’ai toujours enseignée, mais que c’est la doctrine que j’aurais toujours aimé enseigner. Cette idée, c’est d’accepter toutes choses avec gratitude, et non de les tenir pour dues. Ainsi, le sacrement de pénitence donne une vie nouvelle et réconcilie l’homme avec tout ce qui vit ; mais il ne le fait pas comme font les optimistes, les hédonistes et les païens qui prêchent le bonheur. Le don est fait moyennant un certain prix ; il est conditionné par une confession. En d’autres termes, le nom de ce prix est vérité, qui peut être appelée aussi réalité ». D’ailleurs, la confession n’était-elle pas le secret de cet étrange personnage de roman policier que fut le Father Brown ?

Catholique romain, Chesterton le devint en 1922, après avoir été tour à tour anglo-catholique, spiritiste, agnostique, païen et unitarien. « À douze ans, j’étais un païen, à seize un parfait agnostique », confia-t-il dans Orthodoxie. Son chemin vers la foi catholique fut long et difficile, chaotique même, tant l’homme était épris de justice et de vérité tout autant que méfiant des conventions sociales, notamment en matière religieuse. Ce fut le retour du monde moderne à la vérité catholique d’un homme souhaitant retrouver l’innocence de l’enfance : « Comme tous les autres petits garçons solennels, j’ai essayé d’être en avance sur mon temps. Comme eux, j’ai voulu devancer de quelque dix minutes la vérité et je me suis aperçu que j’étais en retard de dix-huit cents ans. J’ai forcé ma voix en une pénible exagération juvénile pour clamer mes vérités. J’en ai été puni de la manière la plus appropriée et la plus drôle : ayant gardé mes vérités, j’ai découvert non pas qu’elles n’étaient pas des vérités, mais qu’elles n’étaient pas miennes. Je percevais tout à coup le ridicule de m’être cru seul alors que j’étais soutenu par toute la chrétienté ».

(…)

Dès Orthodoxie, Chesterton était convaincu de la beauté et de la grandeur de l’Église catholique. Dès cette époque, il voulut tenter le pas, se retint, recommença, abdiqua avant de se reprendre. Il n’avait rien à gagner à devenir catholique. Il avait tout à perdre, ou presque, et d’abord peut-être le jugement de son épouse bien-aimée qui l’avait tant aidé à redevenir chrétien et qui réussit même cet exploit de le faire prêcher une fois du haut d’une chaire d’une église anglo-catholique. Ses discussions avec le Father O’Connor firent beaucoup pour le conduire doucement vers l’Église catholique pendant que d’autres en le pressant le retinrent un peu plus longtemps sur le seuil. Il évoque ces faits indirectement dans ce petit livre qui tente de définir à la fois la radicale nouveauté du catholicisme et les étapes qui mènent à sa découverte.

(.…)

Sans entrer dans le secret des âmes, Chesterton explique dans ce livre les trois phases par lesquelles passent la plupart des convertis et il en fait une sorte de bouquet en l’honneur de l’Église. À sa manière, surprenante et truculente, profonde aussi, il rend grâce à Dieu d’être arrivé au port, à ce port auquel le petit enfant qu’il fut aspirait de tout son être et qui l’accueillit enfin à l’âge de 48 ans.

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