Aphorisme (173)

Que n’a-t-on pas dit du mouvement d’Oxford et du renouveau parallèle en France ? Le point le plus évident, l’effet de surprise, est pourtant resté dans l’ombre. Car cette surprenante renaissance catholique était aussi une énigme. Aux yeux de la plupart des gens, la rivière semblait désormais couler à l’envers, remontant de son embouchure vers ses montagnes natales. Quiconque a fréquenté la littérature du dix-huitième et du dix-neuvième siècle sait que tout le monde ou presque se représentait alors la religion comme un fleuve qui ne cesse de gagner en largeur tout au long de son cours, jusqu’à ce qu’il se dissolve dans la mer infinie. Certains pensaient qu’une cataracte interromprait son cours en catastrophe. Le plus grand nombre attendait qu’elle s’élargisse en un estuaire paisible. Tous auraient tenu pour une sorcellerie qu’elle inverse son cours. En d’autres termes, la masse des modérés pensait que la foi s’adapterait lentement, tandis que quelques esprits forts pensaient qu’elle s’adapterait rapidement, pour ne pas dire qu’elle s’évanouirait. La société libérale et scientiste de Guizot et de Macaulay fut sans doute plus certaine qu’aucune autre de la direction que prenait le monde. L’accord était unanime, seule l’allure était discutée. Beaucoup voyaient venir avec crainte, un petit nombre avec sympathie, la révolution jacobine qui guillotinerait l’archevêque de Cantorbéry ou l’émeute libertaire qui pendrait les curés aux réverbères. Alors, par un prodige qui leur parut contre nature, l’ archevêque qui devait perdre la tête reprit sa mitre, et notre respect des dignitaires ecclésiastiques, loin de diminuer, s’étendit aux plus humbles prêtres. Cette révolution à l’envers, contraire à toutes leurs prévisions, les laissa pantois.

L’Homme éternel

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *