Aphorisme chestertonien (307)

Il est légitime de penser que, s’il était né à Londres au dix-neuvième siècle, Mahomet n’aurait pas peuplé la ville de harems de quatre femmes : il conçut l’état matrimonial en fonction de la société arabe du sixième siècle parce qu’il vécut en Arabie au sixième siècle. Mais ce que le Christ dit du mariage ne se rapporte en rien à l’état de la société palestinienne au premier siècle et ne ressemble à rien d’autre qu’au sacrement de mariage tel que l’Église catholique l’instituera. Le mariage chrétien était alors aussi difficile à vivre qu’aujourd’hui mais paraissait beaucoup plus surprenant. Juifs, Grecs ou Romains, les anciens étaient à cent lieues de concevoir qu’il puisse exister entre un homme et une femme un lien d’ordre sacramentel – et donc ne refusaient pas ce qu’ils ne comprenaient même pas. Cet idéal n’est pas plus inadapté à notre temps qu’il ne l’était au leur. Le temps ne fait rien à l’affaire : irréalisable ou non, il est radicalement faux que l’idéal de Jésus de Nazareth, approprié à son temps, ne le soit plus au nôtre. À en juger par la fin de sa vie, il paraît d’ailleurs téméraire d’affirmer que les contemporains du Christ partageaient ses idées.
L’Homme éternel 

2 réflexions sur « Aphorisme chestertonien (307) »

  1. Voici une citation qui me dit qu’il faudrait que je lise “l’homme éternel”. On dirait que c’est le Père Brown (Father Brown) qui parle

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