Chesterton, une figure de pensée

Sous la direction de François Charbonneau vient de paraître aux éditions Liber un recueil de portraits d’auteurs et de philosophes considérés par le maître-d’œuvre de cet ouvrage comme « témoins lucides de leur époque et des déchirements qui la traversaient ». Au total, le lecteur peut découvrir ou redécouvrir  à travers vingt-cinq portraits des noms et des œuvres parfois méconnus ou inconnus. On explore ainsi la vie et les réflexions de :

Gérard Bergeron, Ernst Bloch, Emil Cioran, Fernand Dorais, Fernand Dumont, François-Xavier Garneau, George Grant, Joseph Joubert, Heinrich von Kleist, Victor Klemperer, Gerhard Krüger, Pierre de Sales Laterrière, Gilles Leclerc, Jean Le Moyne, Curzio Malaparte, Henri Louis Mencken, Maurice Merleau-Ponty, Cosntantin Noica, Paul Ricœur, Franz Rosenzweig, Denis de Rougemont, Albert Thibaudet, Paul Valery et Simone Weil.

Il s’agit là d’un ensemble disparate dont est bien conscient le chef d’orchestre de ce recueil et qui vise, principalement, à donner à connaître certains regards qui se sont posés sur le XXe siècle, dans une perspective qui se réclame de l’humanisme. À l’origine ces textes furent publiés dans la revue Argument, une revue québécoise qui se présente ainsi elle-même sur sont site Internet :

Fondée en 1998, Argument est une revue généraliste de débats et d’idées. Sans être un magazine d’actualités, elle n’est ni une revue universitaire, ni une revue spécialisée ou scientifique. Tout en respectant un niveau d’exigence élevé au plan intellectuel, elle vise la publication de textes qui éclairent le public cultivé sur les grandes questions qui touchent la société contemporaine au Québec et ailleurs. La revue paraît deux fois par année, et chaque numéro présente des essais sur des sujets variés touchant la politique, l’histoire, la société et la culture. Argument n’est pas une revue de combat. Elle n’est pas alignée sur un parti ou une idéologie politique. Elle accueille de manière ouverte différents points de vue qui ne correspondent pas toujours à l’opinion des membres du comité de rédaction. Cela ne veut toutefois pas dire qu’Argument soit sans visage. Au fil des ans, la revue s’est faite l’écho d’une sensibilité intellectuelle nouvelle au Québec qui a surgi à la fin des années 1990. Afin de cerner et d’explorer cette nouvelle sensibilité, la revue privilégie la forme de l’essai argumenté et engagé.

Les auteurs et les approches sont divers donc, mais le niveau intellectuel est élevé. Dans son comité d’honneur, on trouve Alain Finkielkraut et Pierre Manent. Mais si nous évoquons cette revue et le livre Figures de pensée, c’est que parmi les « vingt-cinq portraits de lucidité et de courage » (le sous-titre du livre) se trouve celui de G.K. Chesterton, dû à la signature de Stéphane Kelly.

Très pertinent, ce portrait s’attarde principalement sur la vision social et politique de Chesterton, le fameux distributisme, qu’il relie en toute justesse à l’action d’Hilaire Belloc. Il en donne une bonne vision, synthétique forcément, mais qui permettra à ceux qui cherchent à en savoir plus à ce sujet d’avoir là un des rares textes en français sur le sujet. La conclusion résume bien l’esprit et le ton de ce portrait :

Il est impossible d’établir si Chesterton était à gauche ou à droite de l’échiquier politique. Et avouons-le, cela n’a aucune importance. Inclassable, on peut néanmoins lui trouver des ancêtres au sein de la tradition politique anglaise, parmi les républicains radicaux du XVIIIe siècle (Swift, Gordon, Trenchard, Paine) ou les critiques romantiques de la révolution industrielle du XIXe siècle (Cobbett, Carlyle, Morris, Ruskin). Il devient plus aventureux de lui trouver des héritiers, étant donné que le monde qu’il a âprement défendu s’est effondré. On décèle parfois le même esprit insolite et singulier dans des passages de Hannah Arendt ou de Christopher Lasch. Ses propos sur la propriété, la démocratie, les classes sociales et les petites nations étaient terribles mais vrais, pour ne pas dire terriblement vrais. Ses contemporains pensaient qu’il était paranoïaque. Pardonnons-les. G. K. était simplement prophétique.

Figures de pensée, vingt-cinq portraits de lucidité et de courage, sous la direction de François Charbonneau est publié par les éditions Liber.

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