Quand Hilaire Belloc écrivait sur l’Allemagne

Nous avons publié récemment un éloge d’Hilaire Belloc, le grand ami et le comparse intellectuel de G.K. Chesterton, dû à G.M. Tarcy qui le fit paraître dans La France Catholique du 18 août 1950. Peu traduits en français, les livres d’Hilaire Belloc ne sont plus disponibles aujourd’hui en France. Pour donner une petite idée de sa tournure d’esprit, de son approche des problèmes ainsi que de sa prose, nous commençons ici la publication d’un article dont la traduction française fut publiée une première fois dans La Revue universelle (numéro du 1er mars 1940) dont le fondateur était Jacques Bainville (1879-1936) et le directeur Henri Massis. Il s’agit d’une reprise en français d’un article de Belloc paru initialement dans The weekly Review du 18 janvier 1940. Après la mort de Chesterton, en 1936, l’hebdomadaire qui portait son nom, The G.K.’s Weekly, s’était transformé en Weekly Review. C’est cette publication qui défendit les idéaux distributistes et qui porta auprès du public les analyses de ce courant. On verra ici le jugement, plus nuancé qu’on aurait pu le croire, que Belloc porte sur l’Allemagne et sur la responsabilité des oligarchies financières dans le conflit qui touchait l’Europe, avant de s’étendre au reste du monde. On n’oubliera évidemment pas que cette analyse date du tout début de la Seconde Guerre mondiale

.A suivre…

Hilaire Belloc vu par G.M. Tracy (2)

De gauche à droite : Hilaire Belloc et G.K. Chesterton

Seul survivant d’un grand nombre d’amis, au premier rang duquel il faut placer G.K. Chesterton (le pendant du « Chesterbelloc » dénoncé par G.B. Shaw) et Maurice Baring, mais aussi Ronald Knox, par exemple, Hilaire Belloc (1870-1953) fut un écrivain fort prolixe, profondément catholique et qui mena toute sa vie durant la bataille des idées, sans épargner les adversaires qui tombaient sous le feu nourri de sa polémique. Mais il fut aussi un historien exigeant, un poète inspiré et un conteur pour enfant, encore apprécié aujourd’hui. En 1950, dans La France Catholique, G.M. Tracy lui rendait un fervent hommage à l’occasion de la célébration de son 80e anniversaire. Nous avons déjà publié la première partie de cet article (ici) et nous achevons la reproduction de cet examen de l’influence de Hilaire Belloc, trois ans avant que la mort ne l’emporte et qu’il ne rende son âme à Dieu (merci à D.A.).

Hilaire Belloc vu par G.M. Tracy

Ami de Chesterton, l’écrivain et historien Hilaire Belloc est aujourd’hui peu connu en France. Franco-anglais, il avait tout pourtant pour retenir l’attention du public français, si ce n’est des idées politiques qui, tout en étant proches de celles de Chesterton, ne s’exprimaient pas sur un mode aussi allègre. Cette méfiance, pour ne pas dire plus, envers Belloc n’a pas toujours été de mise, comme le montre l’article signé G.M. Tracy, dont nous commençons la reproduction ici (grâce à D.A. que je remercie), paru dans La France Catholique le 18 août 1959.

A suivre…

1926 : Outline of sanity (3)

Quels sont les thèmes abordés dans cet ouvrage ? Après avoir dressé le panorama de la situation dans laquelle se trouve la propriété privée à son époque, en Angleterre, et avoir mesuré les chances d’une restauration de la propriété privée, pour reprendre le titre du célèbre essai de son ami Hilaire Belloc, Chesterton s’attache ensuite à dénoncer la situation créée par la grande distribution (ce qu’il appelle le « bluff des grands magasins ») et, plus largement, par la tyrannie des trusts. Il évoque ensuite la question de l’agriculture et de ce que nous pourrions nommer un retour à la terre :

Les faits concernant la restauration d’une classe paysanne sont d’une criante simplicité. Un homme en Angleterre pourrait vivre de la terre s’il n’avait pas de fermages à payer à son propriétaire, ni de gages à payer à ses ouvriers. Il serait donc bien mieux loti, même sur une petite échelle, s’il était son propre propriétaire et son propre ouvrier. Mais il existe bien sûr d’autres considérations à prendre en compte, et certains malentendus à dissiper. En premier lieu il existe naturellement un fossé entre ce qui est désirable, et ce qui est désiré. Et quand je dis que notre révolution est désirable, je n’entends pas dire par là qu’elle se fera sans efforts et sans sacrifices, surtout si nous demandons aux propriétaires de se passer de loyer et aux fermiers de se passer d’aide. Du moins y a-t-il crise et la nécessité l’impose, au point que le squire ne ferait rien d’autre dans la plupart des cas que de remettre une dette qui a déjà été passée au compte des profits et pertes, et l’employeur de se passer des services d’employés qui sont déjà en grève. Nous aurons néanmoins besoin des vertus que fait éclore toute crise, et il vaut mieux en prendre conscience dès à présent. En second lieu, et sans vouloir du tout minimiser le fossé qui existe entre ce qui est désirable et ce qui est simplement désiré, je voudrais dire que, dès à présent déjà, cette vie normale, dont je m’attache à dessiner les contours, est plus désirée que beaucoup ne le supposent. Elle l’est peut-être subconsciemment, et c’est pourquoi j’aimerais bien émettre quelques suggestions susceptibles de nous en faire prendre conscience. Enfin il existe un malentendu quant à l’expression « Vivre de la terre » que je tenterai également de dissiper.

En avance sur notre époque, où le thème est devenu commun, après les travaux d’un Jacques Ellul, par exemple, Chesterton aborde également le problème posé par la technique et par l’industrie :

Les œuvres de la machine sont spectaculaires, mais pas autant tout de même qu’un incendie qui embraserait toute la ville de Londres, et pourtant nous nous abstenons de nous donner cette satisfaction et détournons pudiquement nos regards de cette splendeur potentielle. Un jour les machines… certes, certes, mais les lions et les tigres eux aussi ne sont jamais plus beaux à voir que dans un amphithéâtre ou une arène quand ils s’apprêtent à bondir sur de pauvres êtres humains qu’on leur a donnés en pâture. Et pourtant c’est là aussi un spectacle dont nous nous privons avec quelle austère abnégation ! Que de possibilités de jouissances auxquelles nous renonçons pour nous ménager un bonheur précaire et toujours menacé ! Le bonheur est un maître d’école sévère, qui nous met en garde contre mille tentations apparemment bien plus attrayantes que de simples machines. Débarrassons-nous en tout cas de cette superstition que nous sommes obligés de prendre le train le plus rapide et de nous servir de l’outil le plus efficace.

Enfin, la dernière partie de son ouvrage est un appel au retour des Anglais en Angleterre contre leur désir de construire un empire à travers le monde. Fidèle à sa ligne anti-impériale, Chesterton préconise une « colonisation » de l’Angleterre par les Anglais :

l’Angleterre doit rester anglaise. Il ne faudrait pas qu’après s’être émancipées de nous, ces ex-colonies nous transforment en quelque chose qui ne soit plus nous, mais elles. Ce fut peut-être une erreur de devenir un empire, mais cela ne nous prive pas du droit de rester une nation.

Quand nous disons « Angleterre d’abord », nous voulons dire que nous devrions d’abord découvrir quel est pour nous le meilleur système économique et social avant de songer à l’exporter aux quatre coins de la terre.

A suivre…

1926 : Outline of sanity (2)

Le G.K.'s Weekly, dans lequel parurent les essais qui donnèrent Outline of sanity

Recueil d’articles parus dans le G.K.’s Weekly, Outline of sanity fut publié le 2 décembre 1926 chez Methuen et l’année suivante, aux Etats-Unis, chez Dodd, Mead & Company, à New York.

Le livre est composé de cinq parties qui comprennent chacune plusieurs chapitres, et d’un dernier chapitre conclusif :

 I– SOME GENERAL IDEAS

1. THE BEGINNING OF THE QUARREL

2. THE PERIL OF THE HOUR

3. THE CHANCE OF RECOVERY

4. ON A SENSE OF PROPORTION

 II– SOME ASPECTS OF BIG BUSINESS

1. THE BLUFF OF THE BIG SHOPS

2. A MISUNDERSTANDING ABOUT METHOD

3. A CASE IN POINT

4. THE TYRANNY OF TRUSTS

III– SOME ASPECTS OF THE LAND

1. THE SIMPLE TRUTH

2. VOWS AND VOLUNTEERS

3. THE REAL LIFE ON THE LAND

IV– SOME ASPECTS OF MACHINERY

1. THE WHEEL OF FATE

2. THE ROMANCE OF MACHINERY

3. THE HOLIDAY OF THE SLAVE

4. THE FREE MAN AND THE FORD CAR

 V– A NOTE ON EMIGRATION

1. THE NEED OF A NEW SPIRIT

2. THE RELIGION OF SMALL PROPERTY

VI– A SUMMARY

Dans son introduction, dès les premières lignes, Chesterton donne le ton :

Voici réunies en un volume des réflexions parues dans la presse au fil de ces dernières années, et que je crois susceptibles d’éclairer certains aspects de l’institution de la propriété privée, aujourd’hui totalement négligés par cette même presse depuis qu’elle s’est engouée pour l’entreprise privée. Le fait qu’elle s’est complètement désintéressée de la seconde pour entonner les louanges de la première en dit long sur l’état moral de notre société. Un pickpocket sera naturellement un adepte de l’Entreprise Privée, sans être pour autant un défenseur acharné de la propriété privée. Le capitalisme et le mercantilisme, tels qu’ils se sont développés récemment, ont favorisé davantage l’expansion des affaires que la préservation des biens, tout en s’arrangeant pour attribuer au pickpocket les vertus audacieuses du pirate. Quant au communisme, sa méthode pour réformer le pickpocket consiste tout bonnement à supprimer les poches.

Il s’attache également à montrer la difficulté posée par l’utilisation des mots « capitaliste » et « capitalisme » qui recouvrent des notions souvent bien floues :

Quand je dis : « Capitalisme », j’entends communément quelque chose qui peut s’exprimer de la manière suivante : un ensemble de conditions économiques permettant à une classe de capitalistes, facilement reconnaissable et relativement restreinte, entre les mains de laquelle est concentrée une si grande portion du capital que la grande majorité des citoyens se voit contrainte de servir ces capitalistes en échange d’un salaire ; cet état de choses existant nous force d’avoir un mot pour le qualifier afin de pouvoir en discuter. Mais c’est à l’évidence un mot qui prête à confusion, et que tout le monde n’entend pas de la même manière. Par capitalisme, certains entendent simplement propriété privée. D’autres y voient un outil, un moyen d’utilisation du capital. Mais c’est là lui donner une acception trop vague et trop lâche. Si par capitalisme on veut dire l’utilisation du capital, alors tout est capitalisme : le bolchevisme tout comme l’anarchisme ; et tout projet révolutionnaire, si fantastique soit-il, est encore du capitalisme. Lénine et Trotski croient tout comme Lloyd George que les opérations économiques d’aujourd’hui doivent profiter à celles de demain. Et c’est bien ce que signifie le mot capital dans son acception strictement économique. Auquel cas ce mot ne nous est d’aucune utilité. L’utilisation que j’en fais, pour arbitraire qu’elle soit, n’est pas inutile. Si le capitalisme signifie la propriété privée, je suis capitaliste. Si le capitalisme signifie le capital, tout le monde est capitaliste. Mais si par capitalisme on entend ce mode particulier de distribution du capital à la masse exclusivement sous forme de salaire, alors je dresse l’oreille, car les choses commencent de prendre un sens même si c’est le mauvais.

Par cette approche sémantique, Chesterton a dévoilé l’objet de son livre : répondre à cette forme de capitalisme qui distribue le capital seulement par voie de salaires (et non de propriété). À cet aspect, il faut ajouter un autre qu’il a dénoncé quelques lignes auparavant : celui du monopole :

La tendance dominante aujourd’hui dans le commerce et les affaires est aux grands consortiums, souvent plus impérialistes, plus anonymes et plus internationaux que les kolkhozes communistes, organisations qui sont du moins collectives sinon collectivistes. C’est bien joli de répéter comme un perroquet : « Où allons-nous avec tout ce bolchevisme ? ». Il serait plus pertinent de se demander : « Où allons-nous même sans le bolchevisme ? » La réponse est simple : nous allons au monopole. Ce qui n’est certainement pas l’entreprise privée. Le trust américain n’a rien d’une entreprise privée. Le monopole n’est ni privé ni entreprenant. Il n’existe que pour empêcher l’entreprise privée. Et ce système de trust ou de monopole, qui complète la destruction de la propriété, continuerait d’être le but de tous nos efforts s’il n’y avait pas de bolcheviques au monde. Est-ce si extraordinaire après tout que de dire que lorsque le capital a été concentré pendant si longtemps entre les mains d’une minorité, il est juste de le restituer dans celles de la majorité ? Le socialisme le répartirait encore entre moins de mains, qui seraient celles des politiciens qui, comme nous le savons l’administrent toujours dans l’intérêt de la majorité.

On notera la note ironique de la dernière ligne. Salariat, monopole, autant d’entraves selon Chesterton a une société digne et juste, qui reposerait sur une propriété privée largement distribuée afin que chaque foyer puisse vivre librement. L’ambition est à la fois énorme et simple. Énorme parce qu’elle va à rebours du développement social et économique moderne ; simple parce que d’une certaine manière elle ne présente pas une théorie complexe et qu’elle s’inspire d’un mode de vie qui a été longtemps (avec des variantes, bien sûr) celui de l’Europe.

A suivre…

1926 : Outline of sanity

Poursuivant notre présentation chronologique des principales œuvres de G.K. Chesterton, nous arrivons à 1926, année de la publication de Outline of sanity. Ce livre a paru en Grande-Bretagne aux éditions Methuen Co. Ltd. Il s’agit d’un recueil d’articles publiés initialement l’année précédente dans le G.K’s Weekly, qui deviendra l’hebdomadaire de la Ligue distributiste fondée par l’écrivain et plusieurs amis. Il ne s’agit donc pas d’un traité théorique, ni d’une étude scientifique, qui n’aurait de toute façon pas été dans les manières de l’auteur.

Chesterton se penche ici sur certaines questions économiques et sociales en s’appuyant sur le bon sens, ce fameux sens commun qu’il aura défendu tout au long de son existence. Il emploie dans ce livre le terme de « distributisme » pour baptiser sa conception alternative au capitalisme et au socialisme. De quoi s’agit-il exactement ? Il s’en est expliqué indirectement dans un livre plus ancien, intitulé Le Monde comme il ne va pas, où il écrit :

Ce qu’il faut faire n’est ni plus ni moins que de distribuer les grandes fortunes et les grandes propriétés. Nous ne pouvons éviter le socialisme que par un changement aussi profond que le socialisme lui-même. Pour sauver la propriété, nous devons la distribuer, presque aussi rigoureusement et complètement que le fit la Révolution française. Pour sauver la famille, il nous faut révolutionner la nation.

L’essentiel de la pensée distributiste se résume dans cette volonté de rendre à tous la propriété privée, notamment des moyens de production, dans la perspective d’une société rurale et artisanale, dans laquelle l’homme retrouve le sens de la responsabilité et de la véritable liberté. Il faudrait des chapitres entiers pour expliciter cette pensée si spécifique et ce n’est pas le lieu ici. À sa manière, celle d’un recueil d’articles, Outline of sanity développe certains aspects de cette vision. Comme nous l’avons dit, ces articles furent initialement publiés dans le G.K.’s Weekly, entre le 4 juillet et le 28 novembre 1925. Dans la préface qu’il a donnée à l’édition française de ce livre, Philippe Maxence explique pour quelle raison Chesterton s’en prend principalement au système capitaliste :

Dans la première partie de l’ouvrage, Chesterton s’en explique longuement, insistant notamment sur le caractère polysémique du terme capitaliste et sur les choix de vocabulaire qu’il a dû opérer. Ce faisant, il ne cache pas que sa critique de la conception capitaliste ou libérale de la propriété privée se trouve à la base même de sa critique tout aussi radicale du socialisme, qui n’est pour lui rien d’autre qu’un « capitalisme » d’État, c’est-à-dire un frère jumeau dans l’erreur. Plus positivement, la conception chestertonienne de l’économie repose sur la nécessité d’unir par des liens indissolubles le concept du droit à la propriété privée et celui de la destination universelle des biens, deux principes clefs de la doctrine sociale de l’Église. Il faut cependant pour bien comprendre la pensée de Chesterton avoir à l’esprit ce qu’il écrivait dans Divorce : « Une société de capitalistes ne contient pas trop de capitalistes, mais trop peu et ainsi l’aristocratie a tort, non de planter un arbre de famille, mais de ne pas en planter une forêt. »

A suivre…

Chesterton et Eric Gill

Eric Gill (1882-1940)

Signalons qu’un livre d’Eric Gill vient d’être traduit pour la première fois en français. Il s’agit d’Un Essai sur la typographie (Ypsylon éditeur) dont on trouvera une présentation ICI.

Sculpteur, typographe et graveur, Eric Gill fut aussi, avec G.K. Chesterton, l’une des personnalités du courant distributiste. Il avait fondé dans le village de Ditchling (East Sussex) la Guild of St Joseph and St Dominic, une communauté d’artistes qui s’inspirait des principes distributistes et travaillait à un renouveau artistique chrétien.

Malheureusement, on a découvert voici quelques années les dessous de la vie morale de Gill, en contradiction flagrante (et scandaleuse) avec la morale chrétienne. Visiblement, une partie de ses contemporains a ignoré ces faits et Chesterton devait être dans ce cas.

Pierre tombale de G.K. Chesterton, sculptée par Eric Gill

Eric Gill a illustré certains livres de Chesterton. Mais c’est surtout lui qui a sculpté la pierre tombale de l’écrivain. Après le décès de Chesterton, Hilaire Belloc deviendra pendant un temps le Président de la Ligue distributiste (The Distributist League) avec comme vice-présidents, T.S. Eliot, Eric Gill et Ada Chesterton, la veuve de Cecil Chesterton.

Ci-dessous, reproduction d’une gravure sur bois d’Eric Gill accompagnant un poème de Chesterton :

Le distributisme n’est pas mort : ResPublica, une autre voie et une autre voix

 Fondé en novembre 2009 par le théologien Phillip Blond, le think Tank ResPublica vient de fêter cette semaine son deuxième anniversaire. Travaillant en profondeur pour un renouveau de la politique en Grande-Bretagne, ResPublica s’inspire explicitement du distributisme de G.K. Chesterton, d’Hilaire Belloc et d’E.F. Schmacher, dont il se sert comme base de réflexion pour traiter les questions majeures qui touchent aujourd’hui la société anglaise. Sous le titre provocateur de Red Tory (le conservateur rouge), Phillip Blond est l’auteur d’un ouvrage qui vise à montrer que les solutions ne se situent pas dans les vieilles recettes opposant ceux qui associent la conservation des valeurs morales à celle de leurs privilèges et ceux qui militent pour une étatisation de toute la société dans l’exaltation d’une permissivité morale sans limite. L’un des buts de Blond consiste donc à débarrasser le conservatisme de sa pesanteur sociale et à rappeler que les pauvres d’abord ont besoin de la protection des valeurs morales.

Dans ce but, ResPublica s’est donné trois axes de réflexions et d’action :

– re-moraliser le marché ;

– re-localiser l’économie ;

– re-capitaliser les pauvres.

Blond et ResPublica entendent donc stimuler de nouvelles approches de la société où les rapports humains entre les individus, la famille et les différentes groupes sociaux redeviennent le cœur de la vie sociale et de l’activité économique. Blond a synthétisé cette démarche dans son manifeste : The Civic State (L’État civique) qui conclue sur la nécessité d’un conservatisme organique.

De partout, en Angleterre, on critique évidemment cette démarche qui perçoit les limites de l’État providence, lequel peut conduire à l’état de dépendance permanent, bloquant l’initiative et donc la liberté, conduisant également au capitalisme monopolistique aux mains de l’État comme l’avait bien vu Chesterton. Mais Blond reconnaît aussi que l’État providence a eu des aspects positifs comme ceux d’assurer un minimum social, offrant une assurance sociale et une aide à la santé. De la même façon, il reconnaît les bienfaits de la libre entreprise, efficace pour l’activité économique tout en n’oubliant pas qu’il conduit souvent à une confiscation de la même activité économique par des cartels privés, comme l’avait souligné, là encore, Chesterton.

État providence et État de marché sont donc, selon Blond, deux moments dépassés en raison de leur échec respectif. L’État civique vise à mélanger les avantages de la recherche du bien-être et des mécanismes du marché, non en favorisant l’un ou l’autre, mais en les dépassant tous les deux. Le sous-titre de son livre Red Tory le dit autrement : « Comment la gauche et la droite ont brisé la Grande-Bretagne et comment nous pouvons réparer »

Bon anniversaire ResPublica.

Chesterton fait la Une du Washington Post

Red-Tory.png

Pour ceux qui s’intéressent à l’actualité de la pensée économique et politique de Chesterton, signalons juste que l’on en parle beaucoup en ce moment – crise oblige
– aux États-Unis et en Grande-Bretagne. On lira sur le blog français  Caelum et Terra quelques aspects de cette actualité : 

Dans un article publié le 17 octobre dernier, et signé David Gibson, le Washington Post s’attarde à l’actualité du distributisme sous le titre éloquent : « Age-old ‘distributism’ gains new traction ».

Hé oui, le vieil idéal, diffusé naguère par Chesterton et Belloc, mais aussi le Père Vincent McNabb ou Arthur Penty, s’offre un petit retour en force en raison d’une crise que les solutions libérales et socialistes peinent à résoudre. L’article de Gibson évoque l’Anglais Phillip Blond à l’occasion de son passage à New York pour une conférence à l’université de cette ville. Blond, après avoir été théologien, professeur d’université, proche du mouvement « Radical Orthodoxy » et de son mentor, John Milbank, puis conseiller de David Cameron, préside aujourd’hui le « think tank »ResPublica, une fondation politique qui entend influer sur les débats politiques en Grande-Bretagne.

 

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