Le Nommé Jeudi – 2 (video)

Nous avons évoqué récemment (voir ICI) The Man Who Was Thursday, traduit en français
sous le titre Le Nommé Jeudi, et publié aux éditions Gallimard. Nous fêtons cette année le centenaire de ce livre qui a, lors de sa publication, marqué les esprits.

Voici en vidéo un extrait de ce livre. La scène se situe au chapitre (L’histoire d’un détective). Auparavant, c’est-à-dire avant la scène jouée ici,
Chesterton décrit son héros, Gabriel Syme :

« Gabriel Syme n’était pas simplement un policier déguisé en poète : c’était vraiment un poète qui s’était fait détective. Il n’y avait pas trace d’hypocrisie
dans sa haine de l’anarchie. Il était un de ceux que la stupéfiante folie de la plupart des révolutionnaires amène à un conservatisme excessif. Ce n’était pas la tradition qui l’y avait amené.
Son amour des convenances avait été spontané et soudain. Il tenait pour l’ordre établi par rébellion contre la rébellion »
.
On notera, au passage, la distinction que Chesterton établit entre tradition et conservatisme. Il fait de ce dernier une rébellion qui n’est qu’une défense d’un ordre pré-existant sans
considération aucune pour la valeur de celui-ci. Refusant radicalement le conservatisme, Chesterton rejettera aussi la révolution, leur opposant la force dynamique de la tradition.
Dans la description de son héros, Chesterton note plus loin que après l’explosion d’une bombe, la haine de Syme envers les anarchistes pris un tournant nouveau :
« Depuis lors, il continua de vivre, en apparence, comme par le passé, calme, poli, de manières douces; mais il y avait, dans son esprit, un endroit qui n’était plus parfaitement normal et
sain. »

La scène que nous allons pouvoir regarder se place après cette description. Croisant un policier, Gabriel Syme s’enflamme contre son calme et le dialogue s’engage.
[Si vous avez du mal à suivre ce dialogue – il est en anglais – prenez une édition française du Nommé Jeudi, allez au chapitre quatre – l’échange se trouve dans les premières pages – à
défaut de suivre mot à mot – toute traduction est une trahison – vous aurez au moins l’idée générale].

La Ballade du Cheval blanc (extrait)

Attention, il ne s’agit pas d’un véritable film mais d’un montage. La voix, en revanche, est bien celle de Chesterton, récitant, The Woman in the Forest,
une partie de son célèbre poème : La Ballade du Cheval blanc. Le son pourrait venir de la BBC pour la radio canadienne et dater de 1935.


THE WOMAN IN THE FOREST

Thick thunder of the snorting swine,
Enormous in the gloam,
Rending among all roots that cling,
And the wild horses whinnying,
Were the night’s noises when the King,
Shouldering his harp, went home.

With eyes of owl and feet of fox,
Full of all thoughts he went;
He marked the tilt of the pagan camp,
The paling of pine, the sentries’ tramp,
And the one great stolen altar-lamp
Over Guthrum in his tent.



Father Brown au cinéma (4)



Comme l’a
indiqué le Figaro littéraire du jeudi 29 mai dans son article consacré à Chesterton, Alec Guinness (et non Guiness comme nous l’avons écrit à plusieurs reprises par erreur) a interprété
le rôle du Father Brown pour le cinéma. Mais il ne fut pas le seul comme nous l’avons déjà signalé dans un précédent message (cf.
ICI). Sir Kenneth More a interprêté lui aussi le petit héros de Chesterton dans une  série de treize épisodes, produits par Sir Lew Grade pour ATV et diffusée aux États-Unis. Les épisodes en question sont :

  1. The Hammer of God (26 septembre 1974) Titre français : Le Marteau de Dieu (CPB)
  2. The Oracle of the Dog (3 octobre 1974)  Titre français : L’Oracle du Chien (IPB)
  3. The Curse of the Golden Cross (10 octobre 1974) Titre français : La malédiction de la croix d’or (IPB)
  4. The Eye of Apollo (17 octobre 1974) Titre français : L’Oeil d’Apollon (CPB)
  5. The Three Tools of Death (24 octobre 1974) Titre français : Les trois instruments de la mort (CPB)
  6. The Mirror of the Magistrate (31 octobre 1974) Titre français : Le miroir du magistrat (SePB)
  7. The Dagger with Wings (7 novembre 1974) Titre français : La dague ailée (IPB)
  8. The Actor and the Alibi (14 novembre 1974) Titre français : L’actrice et l’alibi (SePB)
  9. The Quick One (21 novembre 1974) Titre français : L’homme éclair (ScPB)
  10. The Man with Two Beards (28 novembre 1974) Titre français : L’homme aux deux barbes (SePB)
  11. The Head of Caesar (5 décembre 1974) Titre français : La tête de César (SaPB)
  12. The Arrow of Heaven (12 décembre 1974) Titre français : La flèche du ciel (IPB)
  13. The Secret Garden (19 décembre 1974). Titre français : Le Jardin secret (CPB)

CPB = La Clairvoyance du Père Brown; IPB = L’Incrédulité du Père Brown; SePB = Le Secret du Père Brown; ScPB = Le Scandale du Père Brown; SaPB = La
Sagesse du Père Brown
.

Quelques autres films de Kenneth More :

La Bataille d’Angleterre   (1969) (Capitaine Baker)
  Battle of Britain
 
Le
Jour le plus long
  (1962) (Capitaine Colin Maud)
  The Longest Day
 
Coulez le Bismarck !   (1960) (Capitaine Jonathan Shepard)

  Sink the Bismarck!
 
Scrooge
  (1970) (le fantôme des Noëls
actuels)
 
Le Dernier train du Katanga   (1968) (Docteur Reid)
  The Mercenaries
 
L’Obsédé
  (1965) ((non crédité))

  The Collector
 
Aux frontières des Indes   (1959) (Capt. Scott)
  North West Frontier
 
La Blonde et le Shérif   (1958) (Jonathan Tibbs)
  The Sheriff of Fractured Jaw
 
Vainqueur du ciel   (1956) (Douglas Bader)
  Reach for the Sky
 
Ne
me quitte jamais
  (1953) (Steve
Quillan)

  Never Let Me Go
 
Le Voyage Fantastique   (1951) (Dobson, le co-pilote (non crédité))

  No Highway


Voici un nouvel extrait de son interprétation de Father Brown.

Father Brown au cinéma (3)

Décidément, Father Brown est d’actualité en ce moment. Nous avons évoqué ici, à plusieurs reprises, la parution de différents recueils des histoires de ce petit
prêtre détective, né de l’imagination fertile de Chesterton.
Voici un nouvel extrait d’une adaptation cinématographique des histoires de Father Brown au cinéma. Dans le rôle titre, on retrouve ici le grand Alec Guinness. Le temps me manque pour identifier
avec certitude l’histoire dont cet épisode est tiré. À moins qu’il s’agisse d’une création pour le cinéma. À vous de me le dire, éventuellement.
Pour d’autres renseignements sur cette adaptation cinématographique, voir
ICI.

Narnia, Lewis et Chesterton




On pourra découvrir ci-dessous la bande annonce du deuxième volet du Monde de Narnia, adapté au cinéma par Andrew Adamson. Le Monde de Narnia est une interprétation cinématographique des
Chroniques de Narnia de C.S. Lewis.
Pourquoi en parler sur ce blogue consacré à Chesterton ? Pour au moins deux raisons.

1°) Lewis communie à la morale des Elfes exposée par Chesterton dans Orthodoxie (Voir ici). Il appartient à ces cohortes d’écrivains dont les idéaux sont proches de ceux de
Chesterton et dont nous entendons bien parler sur ce blogue. Le monde de Chesterton ou des amis de Chesterton n’est pas un univers fermé sur lui-même, mais entend bien s’ouvrir à ceux qui, à leur
manière, vont dans la même direction.

2°) Dans le chemin de conversion de C.S. Lewis vers un retour à la foi chrétienne perdue dans son enfance, Chesterton a représenté une étape importante. En lisant
The Everlasting Man (en français, L’Homme éternel, disponbile aux éditions DMM), le créateur du monde de Narnia a été profondément influencé par les arguments de Chesterton en
faveur d’une compréhension chrétienne de l’histoire du monde. Dans sa très belle auobiographie spirituelle, Surprised by Joy (en français, Surpris par la Joie, éditions
Raphaël), C.S. Lewis écrit :
“Puis je lus The Everlasting Man de Chesterton, et, pour la première fois, je vis les grandes lignes chrétiennes de l’histoire exposées sous une forme qui me parut sensée. Je
réussis, tant bien que mal, à ne pas être trop ébranlé. Vous vous souviendrez que j’avais déjà jugé que Chesterton était l’homme le plus sensé du monde, ‘son christianisme excepté’. Maintenant je
crois vraiment, pensais-je alors (je ne le formulais pas; les paroles en auraient révélé l’absurdité), que le christianisme est très sensé, ‘si l’on excepte le christianisme qu’il
contient’.

Pour en savoir davantage sur l’auteur et Les Chroniques de Narnia, nous vous invitons à vous procurer :
Le Monde de Narnia décrypté par Philippe Maxence, Presses de la Renaissance, 240 pages, 18 €. Un livre très accessible.
À commander à votre libraire ou, à défaut :
Librairie catholique
Amazon
Fnac

Father Brown au cinéma (2)

Parmi les adaptations cinématographiques du père Brown, il faut citer celle de 1954, Father Brown (extrait ci-dessous. Aux États-Unis, le film est titré :
The Detective), où le rôle titre est interprété par sir Alec Guiness en personne. Le film se fonde principalement sur la première histoire, The Blue Cross (La Croix
bleue
), celle qui voit la première apparition de father Brown, de Flambeau et de l’inspecteur Valentin.

Dans la vie de Guiness, ce rôle ne sera pas sans conséquence, dans la mesure où il conduira l’auteur à se convertir au catholicisme. Bien que confirmé dans la foi
anglicane à l’âge de treize ans, Alec Guiness se considérait comme athée. Dans ses mémoires, il a écrit que vis-à-vis des catholiques, à moins de les connaître personnellement, il éprouvait une
sympathie plutôt condescendante.
C’est pendant qu’il jouait Hamlet, l’un des rôles où il eut un grand succès, qu’il rencontra un ministre anglican, première étape de son chemin vers le christianisme. Pendant la Seconde Guerre
mondiale, il a approfondi sa connaissance du christianisme en général et de l’anglicanisme en particulier.  Mais c’est pendant le tournage de Father Brown, dans un village en France, que
Guiness a eu une expérience étonnante. Alors qu’il rentrait vers son logement, un soir, toujours habillé en prêtre, un petit garçon l’a pris pour un véritable prêtre et, lui saisissant la main,
l’a accompagné. C’est à ce moment-là que l’acteur a commencé à réfléchir. Si une Église pouvait inspirer une telle confiance chez un enfant, cela voulait dire que les préjugés de Guiness
n’étaient que… des préjugés, sans fondement.
Est-ce que cela a suffi à faire de Guiness un catholique ? Non, le père Brown a été une borne sur le chemin du retour à Rome. Quand son fils, Matthew, à l’âge de onze ans, a été atteint
d’une poliomyélite, l’acteur a passé un pacte avec Dieu. Si son fils guérissait et qu’il voulait devenir catholique, il ne s’y opposerait pas. Ce fut le cas ! Matthew retrouva la santé, fut
inscrit dans une école tenue par des Jésuites et à 15 ans déclara vouloir devenir catholique. Il en eut l’autorisation paternelle. De son côté, Alec Guiness étudia le catholicisme, buta quelque
temps sur la doctrine des indulgences et de l’infaillibilité, accompagna Grace Kelly à la messe lors de tournages. Il fut reçu dans l’Église catholique par l’évêque de Portsmouth, alors qu’il se
trouvait au Sri Lanka, pendant le tournage du Pont de la rivière Kwaï. Il fut d’ailleurs en relation avec un ami de Chesterton (et d’Evelyn Waugh) : Mgr Ronald Knox.

Principaux interprètes :

Alec Guinness Father Brown
Peter Finch Flambeau
Cecil Parker L’évêque
Bernard Lee Inspecteur Valentin
Sid James Parkinson
Gérard Oury Inspecteur Dubois
Ernest Clark Le secrétaire de l’évêque

Chesterton : son et images

Voici une nouvelle vidéo où l’on retrouve Chesterton. Il s’agit d’un montage de plusieurs séquences dont quelques minutes extraites de son discours au Worcester
College et que j’ai déjà mis en ligne
ici. Même si vous connaissez ce passage, il faut
aller plus loin, pour notamment
entendre Chesterton lors d’un discours en l’honneur de Kipling. Ce “toast”, pendant
lequel Chesterton manie l’autodérision, a été porté lors d’un voyage au Canada dans les années 30.

Dans Hérétiques, Chesterton avait évoqué à plusieurs reprises le grand écrivain impérialiste que fut Kipling. En voici un extrait :

“La première chose à dire de M. Rudyard Kipling et la plus juste, c’est qu’il a contribué brillamment à reconquérir les provinces perdues de la poésie. Il ne s’est pas laissé effrayer par
l’aspect brutal ou matériel qui s’attache aux mots seuls. Il a pénétré jusqu’à la substance romanesque et imaginative des choses elles-mêmes. Il a perçu la signification et la philosophie propres
de la vapeur et de l’argot. La vapeur n’est, si vous le voulez, qu’un sale sous-produit de la science, et l’argot un sale sous-produit du langage. Mais M. Kipling a été du petit nombre de ceux
qui ont compris la parenté divine de ces choses, qui ont su qu’il n’y a pas de fumée sans feu, autrement dit que, partout où se rencontre la chose la plus vile, se rencontrent aussi la plus pure.
Surtout il a eu quelque chose à dire, une vue définie des choses à exprimer, et cela signifie toujours qu’un homme est intrépide et regarde en face la réalité. Dès l’instant que nous avons une
vue de l’univers, nous le possédons. Or, le message de Rudyard Kipling, le sujet auquel il s’est réellement attaché, est chez lui comme chez tous les hommes la seule chose qui vaille la peine
qu’on s’en occupe. Il a souvent écrit de mauvais vers comme Wordsworth. Il a souvent dit des sottises comme Platon. Il s’est souvent laissé aller à la pure hystérie politique comme Gladstone.
Pourtant nul ne peut douter qu’il ne veuille fermement et sincèrement dire quelque chose. Une seule question se pose : qu’a-t-il voulu dire ?”

Father Brown au cinéma

Le public français n’a jamais pu les voir, mais father Brown a connu plusieurs adaptations cinématographiques ou télévisées. On trouvera ci-dessous un extrait (en
anglais, avec quelques mots en français) de The Secret garden (Le Jardin secret), une histoire parue dans le premier recueil The innocence of father Brown qui
date de 1911. Ce recueil comprend notamment la première histoire de father Brown, La Croix bleue, qui met en scène le voleur Flambeau piégé par un petit père Brown après s’être déguisé
en prêtre. On connaît la réplique qui démasque le voleur : « vous avez attaqué la raison. Ce n’est pas orthodoxe ».

Le Jardin secret, pour sa part,  fut publiée d’abord en octobre 1910 dans The Storyteller.
Étrangement – habitude très française – le titre retenu pour The innocence of father Brown en France fut d’abord L’abbé Brown (éditions Perrin,
1914) puis La clairvoyance du père Brown (Perrin, 1919, puis les éditions suivantes) ce qui ne rend pas hommage à l’aspect catholique du titre chestertonien. On retrouve ce titre dans
l’édition Omnibus qui vient de paraître.

L’extrait que l’on peut voir appartient à une série de treize épisodes, produits par Sir Lew Grade pour ATV et diffusée aux États-Unis. Kenneth More interprête Father Brown. On pourra regretter
qu’il ne soit pas plus petit et rondouillard.